Nichée au cœur des Monts des Flandres, la ville de Bailleul séduit par son charme et son histoire. Totalement détruite par les Alliés lors de la Première Guerre mondiale, elle fut reconstruite dans un style néo-flamand, inspiré de Bruges, sous la direction de l’architecte Louis-Marie Cordonnier.
Avec son fils, Louis-Stanislas Cordonnier, il entreprend la reconstruction de l’église Saint-Vaast, située derrière le beffroi et l’Hôtel de Ville, en remplacement de l’ancienne église du 16e siècle.
Cette église d'avant-guerre était une hallekerk, église-halle à trois nefs de hauteur et de largeur égales, séparées par des colonnes.
Détruite lors de la Première Guerre mondiale, elle a été reconstruite sur les mêmes fondations. L'église actuelle fut mise en chantier en 1924, mais le chantier doit être suspendu de 1926 à 1930 du fait de difficultés financières.
Inaugurée en 1932, cette nouvelle église se distingue par un style mêlant néo-roman et néo-byzantin, caractéristique des édifices de la Reconstruction de Cordonnier, à l’image des églises de Béthune ou de Merville.
L’artiste peintre Charles Hollart et le maître verrier Tambouret d’Amiens réalisent 23 vitraux historiés, reconstitués en 1956 après leur destruction en 1940. Les 14 vitraux de la nef illustrent l’histoire religieuse et civile de Bailleul, tandis que les 9 du chœur retracent celle de la commanderie Saint-Antoine.
Les vitraux du chœur évoquent l’histoire de la commanderie Saint‑Antoine.
Fondation de la commanderie de Saint Antoine Les Bailleul
L'Ordre hospitalier de Saint-Antoine ou Antonins regroupe les frères de l'ordre religieux hospitalier des chanoines réguliers de Saint-Antoine-en-Viennois qui de 1095 à 1776 se consacrèrent aux soins des victimes d’un mal mystérieux nommé « mal des ardents » ou « feu de Saint Antoine » ou « ignis sacer » (feu sacré). Ce fut une association d'hommes et de femmes engagés dans le soin bénévole aux malades, financés par des quêtes, opérant dans des commanderies réparties dans toute l’Europe
Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre fonde une messe quatidienne chez les augustins de Bailleul (1426)
Les hospitaliers de Saint Antoine vivaient très mal la tutelle des moines bénédictins et, pour éviter les affrontements, en 1247, le pape Innocent IV érigea la communauté en ordre religieux placé sous la règle de saint Augustin.
La dévotion à l'ermite Saint Antoine fut vivace à Bailleul du Moyen Âge jusqu'au xxe siècle. Philippe le Bon, « pour la grande affection qu'il a au bien de l'hostellerie saint Antoine à Bailleul », lui fait, en 1426 une donation.
Isabelle de Portugal lègue à l'église des Antonins une rente annuelle de 100 livres (1436)
Isabelle de Portugal, épouse de Philippe le Bon, lègue une rente annuelle de 100 livres à la sacristie. L'abbé Détrez précise qu'elle y passe une journée entière en juillet 1436, en compagnie de ses dames Marie de Bourgogne, duchesse de Clèves et Jacqueline d'Ailly, comtesse d'Étampes, en allant de Cassel à Lille pour visiter ses États.
Lors de la peste, le magistrat de Bailleul et Gilles Correhuyse font un vœu à Saint Antoine (1482).
La peste sévissant en 1482, le Magistrat de Bailleul, ayant à sa tête Gilles van Coorenhuyse, fait à saint Antoine un vœu solennel et le fléau est réputé s'être arrêté.
St Antoine, Ami de Dieu, du feu ... en tout lieu
Saint Antoine est représenté avec ses attributs habituels : le baton en forme de Tau, le livre de la règle monastique, la clochette, le cochon et les flammes, lié au mal des ardents.
au bas du vitrail, l'église saint Vaast de Bailleul et le beffroi.
une chambre de rhéthorique, les geltzenders, est instituée pour venir en aide aux Antonins (1422).
geltzenders est un service qui offre des services d'argent
Une raison du succès de la Fraternité réside dans l’efficacité du système des quêtes. Les Antonins instituèrent deux pratiques qui leur sont propres : les quêtes à dates périodiques et les cochons de Saint-Antoine. L’enthousiasme généreux des fidèles, entretenu par les processions des reliques, permettait de lever des fonds importants qui dépassaient parfois les stricts besoins caritatifs et furent à l’origine de la richesse considérable de l’Ordre.
Charles Quint accorde au couvent de St Antoine des lettres de sauvegarde
Des lettres d'amortissement de 1506 en faveur de l'hospice Saint-Antoine sont signées par Jeanne dite "la Folle", reine de Castille et régente de son jeune fils Charles le nouveau comte de Flandres (et futur empereur Charles Quint), qui signera des lettres de sauvegarde en 1521 en son nom propre.
les gueux des bois pillent et incendient la commanderie (1578).
Les Gueux des bois (insurgés calvinistes) étaient des groupes armés actifs en Flandre occidentale, pendant les troubles religieux des années 1560. Ils s’inscrivent dans le contexte plus large de la révolte des Gueux et de la crise iconoclaste de 1566, lorsque des insurgés protestants saccagèrent des églises catholiques.
Leur chef local le plus connu fut Jean Camerlynck. Sa bande fut impliquée dans le meurtre de trois prêtres à Reningelst (Poperinge) en janvier 1568. Camerlynck et ses compagnons furent arrêtés en septembre 1568, transférés à Ypres, puis condamnés à mort.
Le mouvement iconoclaste mêle dissidence religieuse et contestation politique. Il accompagne la diffusion du protestantisme, mais exprime aussi l'opposition croissante d’une partie des populations des Pays-Bas à l'autorité de Philippe II, roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas. La répression de la dissidence religieuse et politique s'inscrit dans un système où les poursuites contre l'hérésie sont liées aux intérêts du pouvoir souverain. Dans la région, cette politique est notamment associée à l'action de l'inquisiteur Pieter Titelmans, originaire d'Ypres. Les enquêtes relèvent du pouvoir ecclésiastique, mais les sentences sont exécutées par le pouvoir civil, ce qui contribue à associer la défense de l'orthodoxie catholique au maintien de l'ordre politique. Cette imbrication entre religion et autorité monarchique nourrit la révolte des Gueux, mouvement anti-espagnol qui prend progressivement la forme d'une guerre civile et religieuse dans les Pays-Bas.
En 1568, trois prêtres de Reningelst, localité alors située dans la châtellenie de Bailleul, sont conduits au Ravensberg, c'est-à-dire la « colline des corbeaux », lieu de la potence de Bailleul, où ils sont assassinés par des dissidents. Le choix de ce lieu est symbolique : les prêtres, perçus comme représentants de l'ordre religieux et politique, sont mis à mort à l’endroit même où le pouvoir exécutait les condamnés.
source : wikipédia
Cette peste de feu (feu de Saint Antoine) qui commençait par des maux de tête, des vertiges, des hallucinations et des tremblements, puis évoluait en provoquant des douleurs atroces dans les membres. Une gangrène sèche apparaissait au niveau des membres, du visage et des organes génitaux. Un « feu intérieur » consumait les corps et détachait les membres gangrenés après d'atroces sensations de brûlure. La gangrène des extrémités pouvait tuer les malades ou noircir les membres jusqu’à ce qu’ils tombent d’eux-mêmes au niveau des articulations. Ces symptômes étaient associés à des troubles psychiques sous forme d’hallucinations, de délires et d’agitations extrêmes. Les malades étaient appelés les « ardents » et les démembrés les « égrotants ». Durant des siècles, cette terrible maladie fit des ravages, aussi bien en France que dans le reste de l’Europe.
Lorsqu’un ardent arrivait dans l’hôpital de Saint-Antoine-en-Viennois, il était d’abord examiné pour savoir s’il était vraiment atteint du mal des ardents, puis il était conduit devant les reliques dans l’église. Une oraison était dite et on lui versait dessus quelques gouttes du saint Vinage.
Pour calmer les douloureuses sensations de brûlure, la thérapeutique comportait aussi des fomentations et des onguents en application externe. À partir de l’an 1400, les Antonins pratiquèrent la chirurgie, en recourant parfois à des chirurgiens célèbres comme Hans von Gersdorff qui procédait à des amputations des membres secs à l'hôpital des Antonins de Strasbourg. Après un traitement suffisamment long et une nourriture non contaminée, la guérison se faisait. Si la gangrène était trop avancée, on pratiquait l’amputation. Le démembré avait le droit d’être nourri et vêtu à vie à l’hôpital. On lui procurait les béquilles qui lui permettaient de se déplacer.
Ce n’est qu’au 17e siècle que l’on comprendra que le mal des ardents est dû à la consommation de pain contaminé par l'ergot du seigle.
source : wikipédia